Rencontre avec Jean-Pierre Augier, Sculpteur

Monsieur Jean-Pierre Augier n’a pas besoin de publicité. Sa réputation n’est plus à faire. Pourtant, quand je lui ai demandé de me recevoir, il a dit oui, tout de suite. Du coup, ça m’a mis un peu la pression. J’étais certaine qu’on lui avait déjà posé toutes les questions que j’avais préparées. Je me suis dit que notre entrevue allait probablement être rapide, que j’allais lui faire perdre son temps. Mais ce fut tout autre chose. Je suis restée la matinée. Je n’ai pas pris de notes. J’ai seulement dégainé mon appareil photos. Monsieur Augier m’a tout expliqué. Comme on raconte une histoire. L’histoire de sa vie et de ses oeuvres. Etroitement liées. Ce n’est pas pour rien qu’il appelle ses créations, ses « enfants ».

Jean-Pierre Augier est un sculpteur français né à Nice et  résidant dans l’arrière pays niçois. Il a aujourd’hui 74 ans et déjà tout petit, il était passionné de nature et sculptait des pommes de pin et des bouts de bois. Il a fini par se lasser du bois.  C’est à l’âge de 29 ans qu’il deviendra « le magicien du fer »,  j’ai retrouvé cette expression dans plusieurs de ses présentations. En fait, tout a commencé dans son jardin, ou il a voulu recycler de vieux outils, puis ceux de son voisin, puis maintenant il se fournit dans des ferrailleries, une histoire sans fin !!!

Aujourd’hui, tout le monde veut une sculpture de Jean-Pierre Augier. Effectivement, il a des commandes venant de France et du monde entier. Ceci dit, quand il a une commande, c’est lui qui décide de l’objet et de la forme qu’il va créer, et il propose son idée avant de la réaliser. Inutile de lui demander s’il pense prendre sa retraite, c’est non : « tant que je peux rendre les gens heureux, je continuerai ». Moi je dirais, rendre les gens heureux et apaisés. Car, quand on entre dans son atelier, on ressent une sorte de quiétude immédiate. Est-ce du à son organisation sans faille ? Car le mot qui le caractérise sans aucun doute, mis à part le talent, c’est l’organisation. « Je range toujours mes affaires, c’est non seulement plus facile de s’y retrouver mais on a toujours envie de travailler dans un lieu propre et bien rangé ».

À la base, Jean-Pierre Augier est un très bon dessinateur, il représente toujours ses futures créations, d’abord en les dessinant. Il a appris à souder dans un garage automobile. Il adore les anciens outils, il les respecte. Il va laisser volontairement apparente, la marque du fabricant des outils qu’il refaçonne car il a un véritable respect pour ces fabricants.

Oui, il a enseigné à des jeunes mais il ne veut pas que ses stagiaires restent enfermés dans son propre savoir-faire et dans son monde. À chacun son côté chimérique, son imagination, c’est ce qu’il revendique, la technique, c’est une chose mais « ce que j’aimerais le plus transmettre, c’est mon imaginaire. »

« Il faut savoir écouter la matière et voir ce qu’elle a à nous offrir ». C’est son maître mot. Il pratique l’Art de la transfiguration autour de nombreux thèmes, comme le couple, l’amour, la tendresse, les animaux, le religieux, les légendes, les hommes et les femmes. D’ailleurs, son épouse l’aide beaucoup, non seulement elle nettoie les pièces, mais elle arrive aujourd’hui à apercevoir, dans son tas de ferraille, quelle pièce pourrait convenir à son mari pour sa prochaine oeuvre. Choisir par exemple, celle qui a de belles courbes, car, quoi qu’il arrive, les créations de Jean-Pierre Augier sont toujours en mouvement, avec grâce.

Il expose chez lui, à Saint Blaise (Exposition-vente en permanence à l’atelier sur rendez-vous 445, chemin du Roure 06670 Saint-Blaise ), mais pas seulement. Il expose à la maison du Portal à Levens mais aussi à Paris, à New-York, au Luxembourg, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, lieu de sa dernière exposition, au musée de l’Hospice du Grand Saint Bernard. Chaque étape de création est indispensable, tout commence par le choix des outils (une clef à molette, une hache, un écrou ?…), quelles formes s’adapteront le mieux entre elles ? C’est là que tout son imaginaire prend vie. Ensuite direction son atelier, avec un outil indispensable, le chalumeau, qui permet par découpage d’éliminer une partie inutile… C’est une fois la forme finale aboutie que Monsieur Augier nettoie les pièces avec une brosse, afin d’enlever la poussière et le surplus de rouille, sans pour autant dénaturer la pièce, car ce qu’il aime plus que tout c’est que l’outil ait vécu, qu’il soit patiné par le temps : « C’est ce qui donne tout le charme et le caractère à mes œuvres » . Il est maintenant temps d’assembler toutes les pièces les unes avec les autres, une étape incroyable pour moi, car c’est à ce moment précis que j’ai pu voir L’ŒUVRE imaginée par Monsieur Augier prendre tout son sens. Wouahouuuu !!! Un petit coup de meuleuse pour uniformiser le tout et effacer toutes traces de démarcation. Et pour finir, son petit truc à lui, un coup de cire, qui permet à l’œuvre de briller et de pouvoir perdurer dans le temps. Pour la réalisation de cette œuvre il aura fallu deux longues journées, mais comme Jean-Pierre Augier dit  » ce n’est pas le temps passé sur une sculpture qui fait qu’elle sera réussie  » « on peut y passer des semaines et pourtant ne pas avoir le résultat, au rendez-vous ». Pour maintenir toute la structure durant les différentes étapes, Monsieur Augier peut compter sur son « apprenti », comme il l’appelle, en réalité c’est un ancien instrument de dentiste trouvé dans une ferraillerie et recyclé à son besoin. Une petite touche d’humour comme il sait très bien le faire.

Je remercie Madame et Monsieur Augier pour leur générosité. J’ai été ravie de pouvoir découvrir la création de ces magnifiques œuvres. J’ai été très touchée par notre rencontre.

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2 Comments

  1. Jérémy

    Je ne me lasse pas de cet article et de vos photos. Je connais bien la région et je ne connaissais pas l’Artiste ! Quelle découverte !

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