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Je ne suis pas Rothschild !

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La Villa Éphrussi de Rothschild c’est finalement l’histoire d’une femme remarquable, libre et généreuse, née avec une cuillère d’argent dans la bouche, un jour de septembre 1864 dans un Hôtel prestigieux de Paris…

Fille du célèbre Baron Alphonse de Rothschild, banquier et grand collectionneur français, lui-même le fils de James Mayer de Rothschild, devenu personnage de célèbres romans de Stendhal, Balzac ou Zola, on pourrait facilement envier la vie de Béatrice…

L’histoire commencerait comme un magnifique conte, en effet, si pour des raisons « financières », Béatrice, alors âgée de 19 ans, toute belle, intelligente et cultivée, est promise à Maurice Éphrussi, un ami de ses parents, d’origine russe, de 15 ans son aîné, plutôt laid (dit-on) et flambeur notoire, ça c’est certain.

Le couple n’est pas heureux et Béatrice ne peut avoir d’enfants. Ils se sépareront à l’aube de ses 40 ans…

Et c’est à partir de ce moment-là, que le Conte de Fée commence, parce qu’une femme a toujours plus d’un tour dans son sac, surtout si celui-ci est plein de billets !!!

L’achat en 1905, de 7 hectares sur la presqu’île de Cap Ferrat, et la construction de cette somptueuse villa sont étroitement liés au caractère bien trempé de cette femme singulière, aimant la nature, l’architecture et l’Art et ayant probablement une revanche à prendre sur la vie…

En fait, je suis venue deux fois en quinze jours visiter cette villa et ses jardins possédant une des plus belles vues du monde, pour essayer de ne rien manquer et je vous avoue qu’en fait, la deuxième visite est aussi extraordinaire que la première.

On apprend que la couleur favorite de Béatrice de Rothschild est le rose qu’on retrouve partout en intérieur comme en extérieur. Sa villa, digne des palais vénitiens est rose, elle aime et possède des flamants roses, ses robes sont roses, les colonnes de l’immense patio sont en marbre rose de Vérone et un de ses 7 jardins est consacré aux roses avec des variétés prestigieuses et merveilleusement odorantes, comme la variété qui porte évidemment son nom, la rose Baronne de Rothschild.

Béatrice aime aussi la porcelaine fine et vous verrez ses plus belles collections, dont parmi elles, une série rose provenant de Sèvres. On y découvre aussi de la porcelaine de Saxe et de Vincennes.

Amoureuse du XVIIIème siècle, Béatrice décore avec goût son immense villa de
3 000 m2. Elle achète entre autres, des œuvres d’Art de Vittore Carpaccio, des meubles Louis XVI, des statues, des bas-reliefs, des gargouilles monstrueuses, des curiosités, des tables de jeux, des dessins de Fragonard, des tapisseries de la Manufacture Royale des Gobelins ! On y voit un immense tapis de la chapelle royale de Versailles, des boiseries provenant de l’Hôtel Crillon… On est un peu étourdis !

Béatrice avait surnommé sa villa « Ile de France » du nom d’un fabuleux paquebot de style Art-déco et en souvenir des nombreux voyages qu’elle avait pu faire à travers le monde.

Si les travaux de la villa, on l’imagine bien compte-tenu de la taille du monument, ont été grandioses et ont duré six années, ne parlons pas des travaux titanesques des jardins qui s’étendent sur plus de 5 hectares de roche, qu’il va falloir rendre vivants…

Neuf jardins se succèdent au fil de la promenade, le jardin de Sèvres, le jardin espagnol, le jardin à la française, le jardin florentin, le jardin lapidaire, le jardin japonais, le jardin provençal, le jardin exotique et enfin la roseraie…

A l’époque de Béatrice, 35 jardiniers travaillaient à plein temps sur les cinq hectares. Pour l’anecdote, sachez qu’ils portaient tous un béret à pompon rouge, ce qui permettait d’accentuer l’illusion d’être sur un paquebot ! En effet le jardin est entouré par la Méditerranée.

Bon, aujourd’hui, il y a 8 jardiniers permanents, ce n’est plus la même époque fastueuse et je vous confirme qu’ils n’ont plus leur pompon ! Ce qui ne m’empêche pas de saluer leur merveilleux travail de précision et d’aménagements.

Désormais des ruches pouvant accueillir jusqu’à 120 000 abeilles sont installées dans les jardins, ce qui permet d’améliorer les techniques écologiques (comme les engrais organiques) et biologiques de jardinage (comme l’utilisation des coccinelles contre les pucerons). Bientôt, on pourra se procurer leur miel en boutique.

Le jardin à la française nous permet de nous imprégner immédiatement des lieux luxueux grâce aux jeux d’eau et à la musique classique proposée avec…

Ensuite, vous déambulez, je ne peux pas tout vous décrire, il faut le voir pour le croire ! Il faut y être pour comprendre à quel point chacun d’entre nous, le temps d’une visite (ou deux, comme moi) peut se sentir un tantinet chez lui ! On s’y sent bien, l’atmosphère est sereine, relaxante, entre les cascades, les bassins, les fontaines, les plantes exotiques venues du monde entier… Au point de s’y arrêter pour lire sous un Figuier des Banians-Banyan probablement centenaire ! On admire les pins parasols, on respecte le bruit de l’eau dans le jardin japonais Cho Seki-Tei, on est en complète communion avec la nature.

J’ai tout aimé, je ne peux pas dire mieux. De l’accueil (tellement important pour moi) à la beauté intérieure comme extérieure des lieux. J’ai adoré le bassin du jardin espagnol, le mystérieux jardin lapidaire où Béatrice a fait mettre des bas-reliefs, des gargouilles, des vestiges qu’elle n’a pas pu exposer à l’intérieur. Ça rend le lieu féérique. Même intrigant ! La taille des cactus du jardin exotique vous laissera pantois !

J’ai vu une collection d’arbres, de plantes succulentes et cactées, de roses, de fleurs de tous horizons dont les effluves portés par le vent prêtent à la rêverie et ravivent de merveilleux souvenirs.

En fait, pendant cette balade romanesque, on parcourt le monde entier. Je crois que c’était ça qu’elle voulait, nous offrir la possibilité de faire un immense voyage en quelques heures de plaisir.

« Le voyage est un retour vers l’essentiel » dit un proverbe tibétain. Ce voyage là, nous invite à la méditation.

Finalement, j’ai quelques points communs avec Béatrice : son amour pour l’Art, sa passion pour la nature, sa tendresse pour les animaux, elle aimait les singes, les mangoustes et les flamants roses ! Le seul point que nous ne partageons pas, c’est la taille du portefeuille !!! Je ne suis pas Rothschild, moi !

Béatrice est morte en 1934, léguant sa somptueuse villa à l’Académie des Beaux Arts de l’Institut de France. Merci à elle !

Voici la Villa en quelques chiffres :

Début de travaux : 1905
Fin de travaux : 1912
Plus de 10 architectes se succèdent pour satisfaire les exigences de la Baronne !
3 000 m2 de villa.
5 hectares de jardin
9 jardins différents
7000 objets d’Arts tous très différents, présentés à la villa
Située à 10 kms de Nice, route 6098
14 € l’entrée
Des heures de bonheur…

1 commentaire
  1. […] ses intérêts par des relations au portefeuille épais !) Il avait des liens particuliers avec les Ephrussi de Rothschild dont j’ai fait un article dernièrement. Madame Reinach était la nièce du Baron Maurice […]

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